jeudi 6 mai 2010

A Day for a Daydream

This is the News #6 : "Black Sands", Bonobo

Dommage que cette foutue bruine m'empêche d'apprécier totalement cet album. Un peu l'impression de boire un bon vin avec la gorge remplie de glaires bien compactes. Explications.

Point de bouillie de basses chez Bonobo, et encore moins de dégueulis braillard à base de sonorités plus racoleuses que la croupe d'une fille de joie. Non, les disques qui viennent de chez Ninja Tune ne mangent pas de ce pain là et proposent une électro toute en finesse, qui sait donner du sens à ses influences hip-hop.

Et c'est particulièrement flagrant chez Simon Green, aka Bonobo, qui possède en plus un sens de la dramaturgie bien aiguisé. On évolue dans "Black Sands" comme dans un trip de rêveur serein, sans pour autant que ce soit chiant. Parce que chaque titre - à quelques exceptions près - se construit une âme propre, évolue et gagne en consistance à mesure qu'il déroule ses mesures.

Quel rapport avec la bruine, alors ? Bah le rapport, c'est que "Black Sands" est un disque d'ouverture, un disque qui respire et qui ne supporte ni la grisaille, ni la morosité, et encore moins la langueur maussade d'une ville sous la pluie. Alors on attend les beaux jours pour l'écouter et l'apprécier pendant de longues balades aérées. Sous le soleil, exactement.

http://www.myspace.com/sibonobo
http://www.ninjatune.net

lundi 26 avril 2010

"Dirty and Sweet, oh Yeah..."

This is the news ! #5 : "Small Fry", Mr Day

Pour les nostalgiques des costumes cintrés, pour les défenseurs d'une pop raffinée et pour bien d'autres encore, voici un disque qui fait revivre un peu de Swinging London partout où il passe. Elégant par son allure et ses choix artistiques, Mr Day propose ici une Blue-eyed Soul avec le meilleur esprit qui soit, sans faux-semblants mais avec de l'idée. Et des rouflaquettes.

Mais concrètement, "Small Fry", ça donne quoi ? Ça donne quatorze titres aux ambiances variées, et joués par un groupe qui a su digérer un paquet d'influences. Alors si l'ensemble reste un brin inégal, il faut quand même se lever tôt pour écrire un "Soul on Wax" ou un "Tears of Joy". D'autres titres porteurs pourraient même séduire une portion de la bande FM ("Heaven Knows", "Don't You Stay Outside Tonight"), et, fin du fin, on trouve de grandes chansons réinterprétées avec classe : on a notamment droit à une version orgiaque de "Spooky" et à un "Get It On" à la cool. L'album se termine par une ballade toute en retenue et sobriété ("Both Sides"), qui pourrait convaincre Scott Walker qu'il n'y a pas besoin d'en faire des caisses pour se la donner en crooner ténébreux.

Au final, on tient là un disque de bon goût, dont le côté vivifiant donne envie, encore une fois, de décaper les tympans des alentours en beuglant "I have Soooooul, I have Soul !"

http://www.myspace.com/mrdaylive


samedi 13 février 2010

Cacapoum, Cacapoum

Live Kicks #2 : Jacques Dutronc, Halle Tony Garnier

Le coeur bien au chaud, la panse remplie de bière, on peut s'installer au coeur d'une foule de notaires (retraités ou pas loin de l'être), et laisser des gradins sans coussins nous malmener les fessiers.

L'heureux héros de la soirée apparaît enfoncé dans un fauteuil, avec son allure, sa classe et ses Ray-Ban, mais sans son cigare. Dès lors tout s'enchaîne : d'immenses chansons portées par une voix qui impose son élégance, des blagues débiles, des jeux de mots foireux et assez de bouffonneries pour contenter l'audience (danseur de claquettes, naine meneuse de revue et plaisantine en chef...). Tout ça est franchement agréable et met d'humeur joyeuse, mais il y a quand même un léger souci.

Parce que de l'aveu du playboy qui chante, "le groupe s'appelle les bûcherons". C'est donc fait exprès. Bon, on ne devrait jamais discuter les choix des artistes, mais là, non. Non. Non, on ne bûcheronne pas une Jazz Bass de la sorte. Non, on n'envoie pas un solo en oubliant les nuances. Et puis non, merde non, on ne coule pas le son de sa guitare dans une chiée d'effets tout juste bonne à cacher la misère d'un groupe de métal au rabais. Par chance, le fils Thomas Dutronc fait une apparition salvatrice pour faire un peu respirer "Les Cactus".

Cela dit, malgré la qualité musicale toute relative de son concert, notre illustre coquin profite du syndrome de la-tournée-qui-pourrait-être-la-dernière : l'indulgence est de mise, et on pardonne n'importe quelle faute de goût aux artistes légendaires, en vertu des services rendus à la musique, et le cas échéant à la nation et à une certaine idée de la classe. Et on s'incline face à une carrière plus que face à un concert.


jeudi 11 février 2010

A Body without a Heart, missing every Part

This is the News #4 : "Heligoland", Massive Attack

Mouahaha ! La bonne blague ! Un nouvel album de Massive Attack! Comme si on en avait encore quelque chose à foutre... Pourtant, ils sont de retour, et pour ne surtout pas changer, ils font la gueule.

Après quelques années à se frotter le zizi en studio, voici venu "Heligoland". Un disque d'ambiance. Ambiance froide et comateuse mais ambiance quand même : au mieux, ces titres trouveront une place pour accompagner n'importe quelle série télé, au pire, on pourra toujours les proposer à un neurasthénique sous anesthésie. Pas grand chose à en dire, donc, pas même une chanson à sauver, comme ce pouvait être le cas sur "Blue Lines" ou "Mezzannine".

Mais le plus triste dans tout ça, c'est qu'on en trouvera certainement beaucoup pour apprécier ce truc sans vie. Un bel indicateur sur le moral des ménages. Espérons que ça ne donne pas d'idées à Moby.


samedi 6 février 2010

"Peut être que je deviendrai un grand peintre"

Salles Obscures #4 : "Gainsbourg, Vie Héroïque", Joann Sfar


De tous les enfants de la patrie, un seul a pris les armes nécessaires pour devenir la figure emblématique de la pop culture à la française. De ses débuts jusqu'à sa fin, pour le meilleur comme pour le pire, Gainsbourg a su être à l'écoute de son époque, et a mis un point d'honneur à en pervertir les codes et les discours. Et entre deux Gitanes, il s'est construit une glorieuse mythologie qui va bien au-delà de sa musique. Une "vie héroïque", donc, devenue matière du premier long-métrage conté par Joann Sfar.

Alors certains ont décidé qu'avec un tel sujet, le film pétait forcément plus haut que son cul. On les voit d'ici lever l'étendard sanglant d'une critique nourrie à l'élitisme le plus puant, et déverser une prose trop amère pour ne pas être frustrée.

Il me fallait donc juger sur pièce. Je suis venu, j'ai vu, et j'ai adoré. Que ce soit clair : je me contrefous des performances d'acteur, aussi impressionnantes soient-elles, et je conchie les hommages mous qui restent figés dans une déférence châtrée.

Mais le film dont il est question n'est pas révérencieux, et ne propose jamais une vision trop convenue de sa sulfureuse idole. Au contraire, il développe une espèce de réalité fantasmée, dont le rythme et l'esthétique s'imposent comme la ligne de basse d'une année érotique, pour parvenir à transcender le personnage par son double émacié, cette gueule qui refuse de la fermer, et par les femmes qui ont jalonné son parcours.

Et c'est ce qui devrait être l'essence de tout "biopic" (je déteste ce mot) : prendre la base d'un personnage et aller au-delà, trouver une ligne directrice pour exprimer une vision propre, qu'elle soit héroïque ou non. Et il fallait bien un immense auteur de BD pour y parvenir.


samedi 30 janvier 2010

"You're not too old for a Sing along, are you ?"

This is the News ! #3 : "A Reality Tour", David Bowie

Que peut-on penser de la sortie en 2010 d'un disque correspondant à une tournée de 2003 ? S'agissant de David Bowie, la simple idée d'un disque live semble curieuse, et paraît d'autant plus vaine lorsqu'elle se pare d'une évidente logique commerciale. Et c'est d'une de mes grandes idoles dont je parle.

Passons sur la pochette, sur laquelle ce bon vieux David paraît tout droit sorti d'un Final Fantasy quelconque, gardant la pose avec un flegme aussi proche du défilé de haute couture que d'une certaine vision du ridicule. La vraie question est musicale. Et oui, Bowie est en forme, Bowie délivre une version minimaliste de "Life on Mars", Bowie se fait crooner sur "Bring me the Disco King", Bowie croit parfois ressuciter Ziggy, Bowie balance même "Sister Midnight". Et le public est content, il applaudit et chante quand on lui demande. Allez, "All the young Duuuuuuuudes", et zou, "Carry the NeeeeeewwWWWs".... Enfin, sérieusement, il suffit de se passer l'équivalent studio de chaque titre ici présent pour se convaincre de ne pas renouveler l'écoute de ce live.

Sauf que j'ai fait partie du public de cette tournée, et comme beaucoup de monde, je me souviens avoir été bouleversé pour quelques minutes. Retourné, lessivé, et plus encore. Par un titre que je jugeais comme franchement mauvais jusqu'ici. Bah oui. Parce que dans une interprétation fabuleuse d'intensité, débarassée des intonations un rien grotesques de Freddie Mercury, et laissant s'exprimer toute la classe de Gail Ann Dorsey, "Under Pressure" se révèle être une chanson monumentale. Qui à elle seule excuse la platitude du reste.

Moralité : quand Bowie ouvre la bouche, ça vaut toujours le coup d'écouter. Et d'admirer son dentier.

mardi 19 janvier 2010

"Pretty in Black knows what to Do"

Playlist #1 : The Raveonettes

Il est temps d'enchanter vos tympans et d'emplir toutes sortes de lecteurs de musique nomades.

Une playlist, donc, consacrée à ma découverte de l'année défunte : les Raveonettes. Parce que ce brillant duo a digéré Phil Spector, les Jesus and Mary Chain, et à peu près toute la pop de ces soixante dernières années. Et s'ils écrivent du bon comme du moins bon, ils savent occuper l'espace sonore comme peu de gens, et balancent parfois de fabuleuses ritournelles trempées dans du glamour indie, puis posées sur du satin souillé dans les arrière-salles de tournages fauchés. Soit, dans l'ordre :

1 - Love in a Trashcan, album "Pretty in Black"
2 - Chains, album "Whip it On"
3 - Heartbreak Stroll, album "Chain Gang of Love"
4 - Twilight, album "Pretty in Black"
5 - Gone Forever, album "In and Out of Control"
6 - Heart of Stone, album "Pretty in Black"
7 - Lust, album "Lust, Lust, Lust"
8 - Sleepwalking, album "Pretty in Black"


Pour écouter, c'est par ici :

http://www.deezer.com/fr/#music/playlist/the-raveonettes-37207313

dimanche 10 janvier 2010

"Défoncez les Portes"

Salles Obscures #3 : "Les Chats Persans", Bahman Ghobadi

Pour commencer 2010 d'humeur joyeuse, parlons un peu de l'Iran. Où l'on essaie d'oublier le décompte des votes pour compter les morts. Où le radicalisme des discours officiels masque l'existence d'une opposition violemment muselée. Et puisque l'underground n'est pas supposé exister, certains risquent prison et coups de fouet en jouant de la musique païenne dans des caves ou des étables.

C'est de ces musiciens dont il est question dans "les Chats Persans". De leur art de la débrouille, de leur musique et de leurs rêves. Mais aussi d'une angoisse constante, nourrie par le spectre omniprésent des forces de police. Car le zèle de ces fonctionnaires grisés par leur toute puissance est de nature à contrarier les plans de tous les rêveurs en mal de perspectives chatoyantes.

Et si le film a une dimension tragique qui remue les tripes et fait mal au coeur, il envoie aussi des raisons d'espérer. Avant tout parce que les chansons présentées sont excellentes, et témoignent d'une sincérité bien éloignée des attitudes bidons de Benjamin B. et consorts (quand on prend autant de risques pour jouer de la musique, c'est que c'est une nécessité, un besoin primaire). Ensuite parce que quelqu'un qui a confiance en son talent cherchera toujours le moyen de se faire entendre, quelques soient les obstacles rencontrés.

Alors on se prend à croire, comme Jacques Attali, que la musique est annonciatrice des changements de société à venir. Et à espérer que les musiciens iraniens s'approprient le doux refrain de Marvin Gaye :

"Make me wanna holler, the way they do my life"

samedi 12 décembre 2009

Indigence Graphique

Le Pinailleur #1 : Morphine

Un jour comme un autre, au cours d'une réunion de travail entre café et croissants, passe un disque. Qui m'accroche l'oreille, et me tire de plus en plus vers lui : c'est gras, c'est lancinant, c'est beau comme une belle découverte, tout droit sortie des entrailles de démons déchus, étripés par des mages vaudous élevés au blues le plus sépulcral. Mon hôte me conte alors l'histoire de Mark Sandman, crooner distant qui joue d'une basse à deux cordes au sein d'un groupe appelé Morphine. Et je suis assez interessé pour envisager quelques achats.

Mais ici intervient le drame. Jamais vu de pochettes aussi affreuses depuis les disques de relaxation à base de chants de baleine offerts par une grand-tante Raëlienne. C'est dire. Alors évidemment, on n'achète pas un disque pour sa pochette, surtout lorsqu'il s'agit d'un CD, mais quand même, coller une typographie bas de gamme sur le fond le plus insipide qui soit, ça relève du suicide marketing. Et ça fait hésiter les acheteurs névrotiques dont je suis.

J'en réfère donc à la sagesse d'un vieil ami qui un jour m'a dit : "faut pas vendre la peau de l'ours avant d'avoir tué l'habit du moine".

jeudi 3 décembre 2009

Time to Nut Up or Shut Up !

Salles Obscures #2 : "Bienvenue à Zombieland", Ruben Fleischer.

Pour l'amateur de culture bis et autres séries B plus ou moins assumées, voir un film comme "Bienvenue à Zombieland" ressemble à de l'onanisme pur et simple. C'est une vraie caresse dans le sens du poil, une ode à la jubilation la plus débile, sans culpabilité aucune.

La recette est pourtant simple. On prend un héros qui rappelle l'handicapé social que l'immense majorité des acharnés du nanar a un jour été. A ses côtés, on place un Woody Harrelson qui arrive à être plus cool que tous les personnages de "Pulp Fiction" réunis (un exploit à saluer venant de quelqu'un qui perd ses cheveux). On rajoute deux adolescentes complètement allumées, ainsi qu'une logique de Road Movie rock'n'roll. Et, évidemment, plein de zombies qui se font dégommer avec classe. Pour la touche d'originalité, il sufit d'inviter Monsieur "Tippy Top of the A-list" Bill Murray, pour un épisode surréaliste -et le mot est bien choisi - du meilleur goût.

Alors n'en déplaise aux amateurs de Rohmer, c'est démentiel de bout en bout, gore sans être gerbant, stylisé sans être prétentieux, le tout avec un second degré pas franchement hollywoodien. Jubilatoire, encore une fois.

Et pour tous ceux qui restent insensibles aux zombies, qui ne saisissent pas l'essence du mythe fondateur d'une culture parallèle et du mode de vie idoine, qu'ils gardent à l'esprit la règle n° 32 : "il faut savoir apprécier les petites choses".

lundi 30 novembre 2009

Everything is getting kind of Groovy

Myspace Band review #2 : Mr Day

On a souvent dénigré les premières parties de concert, décrites comme simple garde-fou pour retardataires ou comme demi-heure dédiée au bar. Mais il peut aussi arriver que quelque chose se passe sur scène. C'est possible.

Et ce fut le cas lors du concert d'Alice Russell mentionné dans ces colonnes, puisque Mr Day et ses musiciens nous ont servi un show rempli de truculentes vibrations. Forts de leur dégaine de bêtes de scène désarticulées, ils proposent une soul brute et burnée, prouvant au passage à tous les puristes de mauvaise foi que même en France, il reste des gens qui savent ce que c'est qu'un groove.

Alors quand on nous annonce un album pour 2010, et que les titres présents sur la page Myspace du groupe laissent augurer de belles choses si le mixage est retravaillé, on ne peut que se dire "affaire à suivre", et attendre en marmonnant "I have Sooooul"... Et en guettant les dates de concert.

Evidemment, ces gens là n'ont rien inventé, mais on ne va pas bouder son plaisir quand on entend un orgue Hammond aussi bien joué. Et puis c'est pas tous les jours qu'on peut dire tout le bien qu'on pense d'un groupe qui officie près de chez soi.

http://www.myspace.com/mrdaylive

jeudi 19 novembre 2009

The Sound of the Munkaroo

Live Kicks #1 : Alice Russell à l'Epicerie Moderne

Elle est blonde. Et bien avant que Duffy n'en ait fait une mode, Alice Russell chantait de la Soul. Puis comme elle a rempli son dernier album de compositions de bon goût, j'ai pris mon billet pour ce concert les yeux fermés.

Engoncée dans une combinaison moitié bustier disco en strass, moitié pantalon parachute arraché au cadavre de MC Hammer, Madame fait entrer son mètre quarante et annonce la couleur dès la première note : une voix comme une grande claque. Paf. Déjà en studio, cet organe m'épatait, et c'est encore autre chose que de se le prendre en pleine tronche, plus impressionnant qu'une quinzaine de cornes de brume à l'unisson. D'autant plus que les musiciens sont au poil, mettant leur rigueur au service de grandes bourrasques de Groove qui remuent jusqu'aux orteils.

Chose de plus en plus rare, tout ce beau monde a l'air heureux d'être là, et assure le show un grand sourire vissé sur leurs visages en sueur, sans oublier un second degré tout anglais, fait de chorégraphies débiles et de blagues qui tombent à plat.

Et tout du long, personne ne faiblit, c'est puissant, ça frétille et ça fait danser les pieds, et quand il le faut, l'émotion prend le pas sur le gros son, comme sur cette version à pleurer de "Crazy", toute en crescendo.

Bref, c'est fabuleux, c'est sincère, c'est généreux, et lorsque j'aperçois dans la presse Amy Winehouse tenter d'avancer sans marcher dans ses flaques de vomi, je me dis que ce concert contenait plus de Soul que les apparitions scéniques d'une dépressive toxique. Et c'est tant mieux.

http://www.myspace.com/alicerusselluk

mercredi 7 octobre 2009

La Blonde et les Perdants

Salles Obscures #1 : "Violent Days", de Lucile Chaufour

Même en plein après-midi, certaines salles sentent toujours le renfermé. La poussière centenaire et les sièges déglingués. Et c'est souvent sans savoir où caler ses jambes et en guettant la crampe qu'on peut assister à des films comme "Violent Days". Et apprécier une salle quasi vide, enfin débarassée des poufiasses qui gloussent derrière en tapant dans mon siège.

Pour voir un film rock'n'roll, donc, puisque nous présentant des fans de rockabilly dont les prouesses capillaires rendraient jaloux Brian Setzer. Oscillant entre documentaire et fiction, entre Jarmusch et "Strip-Tease", "Violent Days" montre des gueules abîmées que le rock'n'roll a détourné des chemins de la dépression. Car c'est bien de misère affective dont il est question, de rêves éconduits et de perspectives décharnées, d'hommes perdus entre silence léthargique et pertes de contrôle vaguement suicidaires. Un dénuement social dans lequel les personnages se raccrochent à la musique, à leur coiffure et à leur blouson. Et tout au long du film, le rock'n'roll est bel et bien omniprésent, mais constamment étouffé, à l'arrière plan d'un sentiment de malaise permanent.

Au centre de la partie fiction, il y a une blonde qui n'a rien à foutre là. Elle est magnifique, et elle chante des ballades jazz. Elle cherche sa place, elle cherche l'attention de son homme et dégage une pureté invariablement touchante mais incapable de s'épanouir dans un monde tout de virilité machiste.

Et malgré quelques longueurs inévitables pour un cinéma d'auteur novice, "Violent Days" vient nous rappeler que certains ont littéralement besoin du rock'n'roll, que ce n'est plus de la musique, ou de l'art, ou de la culture ou tout ce que Télérama pourra en dire. Le rock'n'roll, c'est un anxiolytique sans ordonnance.

vendredi 25 septembre 2009

A Kick Outside

This is the News ! #2 : "The Big Machine", Emilie Simon

Après avoir posé le point final à mon roman "Déchéance d'un Eunuque Obèse", j'avais comme qui dirait besoin d'un peu de légereté. Comme il paraît que le nouveau disque d'Emilie Simon est de sortie, mon intermède vaporeux était tout trouvé. D'autant que la donzelle m'avait intrigué dès son premier album, car non contente d'avoir le plus joli visage de la musique française, elle avait réussi à donner une consistance à ce que l'on pourrait qualifier d'électro-pop, tout en faisant preuve de beaucoup de goût (reprenant Stooges et Velvet Underground). Trois disques d'intérieur parfaits pour les après-midis pluvieux. Et me voilà en présence de "The Big Machine".

Et première surprise, c'est effectivement de grosses machines qu'il s'agit. Des machines qui cognent mais ne respirent pas, des machines qui remplissent sans aucun groove. En deux mots comme en cent, les arrangements sont tapageurs, lourdauds et surtout impersonnels. Où sont passés les cordes aériennes et les choeurs éthérés qui faisaient une grande partie du charme des productions précédentes ? Deuxième surprise, la façon de chanter de Mlle Simon a significativement évoluée... Les murmures soufflés sans y toucher ont disparus pour une voix certes étonnante de maîtrise technique, mais dont les intonations sont décalquées sur celles de Kate Bush. Et quand c'est à ce point flagrant, on prend immanquablement le risque de la comparaison, et dieu sait qu'il est difficile de se mesurer à l'auteur de "The Kick Inside".

Et pourtant, "The Big Machine" est très loin d'être un mauvais album, peut être le plus abouti en termes d'écriture. Le chant suit des lignes magistrales et pousse les chansons vers des progressions dantesques de toute beauté.. Sauf que si les intonations peuvent être prises comme un hommage à une illustre aînée, les arrangements plombent tout, vraiment, et c'est à mon sens un immense gâchis. En laissant de côté ses tendances "Féerie dansante des Sirènes", en gagnant en accessibilité, Emilie Simon a perdu en singularité. Mais comme pourrait le dire notre exemple à tous Mick Jagger, peu importe l'album si la tournée rapporte de la thune.

mercredi 23 septembre 2009

Spasmophilie Mainstream

This is the News ! #1 : "The Boy who knew Too Much", Mika

Autant le dire tout de suite, à la base je ne voulais pas dire de mal de la musique de Mika. Parce qu'il représentait pour moi le côté enthousiasmant des artistes Universal, se posant comme la digne figure de proue d'une pop légère mais qui a de l'allure. Certains titres de son précédent album m'ont spontanément collé un sourire d'abruti bienheureux, j'en ai même failli porter des fringues vert pomme. Et il faudrait être un aigri en phase terminale de snobisme pour nier l'efficacité de chansons comme "Grace Kelly", "Love Today" ou "Stuck in the Middle". On en oublierait presque les morceaux qui sonnent comme des chutes de studio d'un High School Musical quelconque.

Mais déjà le single du nouvel album m'avait refroidi avec son refrain pompier. Et après écoute de l'intégralité de "The Boy who knew Too Much", pas de sourire, pas d'entrain, rien. Juste le sentiment que l'industrie du disque est vraiment en train de se casser la gueule. Cet album est une collection de chansons sitôt écoutées sitôt oubliées, mais surtout d'où l'on a retiré l'espèce de candeur et d'innocence allègre qui se dégageaient de "Life in Cartoon Motion". Ou la désagréable impression d'écouter un produit plus qu'une oeuvre.

Reste plus qu'à appeler mon vieux pote John Travolta, pour lui annoncer que définitivement, son costard blanc et sa chemise à col pelle à tarte peuvent rester au placard, que l'heure n'est plus au lever d'index et que la mort de la disco demeure le plus grand cataclysme dans l'histoire de la pop dansante. "Je sais", qu'il me répond, "j'ai pris quinze kilos et filé tout mon fric à la scientologie".

mercredi 9 septembre 2009

I've seen my Head expand

Top 5 albums remplis de Reverb

Dans la continuité des Trailer Trash Tracys, cinq albums qui résonnent :

1 - The Jesus and Mary Chain, "Psychocandy".

Une esthétique bruitiste au service de grandes chansons. Un traumatisme majeur pour toute une génération de musique britannique, qui hélas gardera surtout le bruit au détriment des chansons.

2 - The Cure, "Pornography"

Peut être pas le meilleur album des Cure, mais dans le genre sombre, c'est un mètre étalon. En ce qui me concerne, je ne me suis jamais remis de "The Figurehead".

3 - The Cramps, "Psychedelic Jungle"

Une collection de morceaux purements jouissifs, un côté série B du rock'n'roll qui fait des Cramps un des meilleurs remèdes à la morosité ou la mauvaise humeur.

4 - Cowboy Junkies, "The Trinity Session"

Une réverbération en partie naturelle, puisque cet album a été enregistré dans une église. Mou du genou pour certains, enchanteur et magistral à mon sens.

5 - Cocteau Twins, "Treasure"

Le style en refroidira un bon nombre, mais n'en demeure pas moins assez unique et plutôt envoûtant pour qui veut bien se laisser porter.

lundi 31 août 2009

Holy Grail Candy

Myspace band review #1 : Trailer Trash Tracys


Des gens de bon conseil m'ont aiguillé vers ce groupe au single assez miraculeux. Jugeons plutôt : ce truc avait tout pour être repoussant, trop de reverb, un côté boîte à fantasmes pour rêveurs un peu niais, et pourtant... Impossible de ne pas tomber sous le charme. Bon, l'analogie avec Twin Peaks ayant déjà été pondue par d'autres, il va falloir trouver autre chose pour parler des Trailer Trash Tracys et du titre "Candy Girl".

Un groupe londonien, donc, emmené par une chanteuse qui se prend pour un ange susurrant aux esgourdes de pauvres âmes qui errent entre doutes et espoirs. Parce que ce titre est un matelas sonore idéal pour tous les types de divagations, saines et moins saines, prosaïques ou oniriques. Et quand on s'adosse et qu'on regarde le plafond, on s'en fout du maniérisme affecté, on raisonne globalement, et on se laisse envelopper par le flot cotonneux de sonorités denses. Et là, toute personne qui n'a pas épuisé son capital émotionnel pourra réveiller son romantisme de bas étage, en se souvenant que c'est parfois agréable de garder un côté béat.
La face B a l'air de tenir la route aussi, single disponible le 14 Septembre.

mardi 10 mars 2009

2009, année érotique ?

Autant le dire tout net, l'année 2009 a mal commencé. Parce que personne n'a été foutu de retrouver le corps de Ron Asheton assez tôt pour qu'il ait une mort présentable, parce que Lux Interior n'a pas démenti l'annonce de la sienne, et parce que c'est pas un nouvel album de Bloc Party qui va me consoler.

Donc, en ce beau jour pré-printanier me vient une idée foireuse. Et comme une idée foireuse est une idée quand même, et qu'elle ne va pas me coûter grand chose, je me retrouve à créer un blog, un vrai, pour parler de musique. Parce qu'on est jamais assez pour parler de musique, parce que c'est en confrontant la diversité des goûts qu'on arrive à trouver des disques qui changent des vies.

Ce qui signifie que par la présente, j'annonce que moi, Zizi Stardust, en mon âme et conscience, vous ferai part de mon rapport à la musique sous des formes hétéroclites et putassières, totalement subjectives, avec d'évidents parti-pris et de la mauvaise foi quand c'est nécessaire. Attendez vous à critiques et comptes rendus, playlists et top 5 en tous genres, et advienne que pourra. Hallelujah.
Meet me down on Heartattack and Vine