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samedi 6 février 2010

"Peut être que je deviendrai un grand peintre"

Salles Obscures #4 : "Gainsbourg, Vie Héroïque", Joann Sfar


De tous les enfants de la patrie, un seul a pris les armes nécessaires pour devenir la figure emblématique de la pop culture à la française. De ses débuts jusqu'à sa fin, pour le meilleur comme pour le pire, Gainsbourg a su être à l'écoute de son époque, et a mis un point d'honneur à en pervertir les codes et les discours. Et entre deux Gitanes, il s'est construit une glorieuse mythologie qui va bien au-delà de sa musique. Une "vie héroïque", donc, devenue matière du premier long-métrage conté par Joann Sfar.

Alors certains ont décidé qu'avec un tel sujet, le film pétait forcément plus haut que son cul. On les voit d'ici lever l'étendard sanglant d'une critique nourrie à l'élitisme le plus puant, et déverser une prose trop amère pour ne pas être frustrée.

Il me fallait donc juger sur pièce. Je suis venu, j'ai vu, et j'ai adoré. Que ce soit clair : je me contrefous des performances d'acteur, aussi impressionnantes soient-elles, et je conchie les hommages mous qui restent figés dans une déférence châtrée.

Mais le film dont il est question n'est pas révérencieux, et ne propose jamais une vision trop convenue de sa sulfureuse idole. Au contraire, il développe une espèce de réalité fantasmée, dont le rythme et l'esthétique s'imposent comme la ligne de basse d'une année érotique, pour parvenir à transcender le personnage par son double émacié, cette gueule qui refuse de la fermer, et par les femmes qui ont jalonné son parcours.

Et c'est ce qui devrait être l'essence de tout "biopic" (je déteste ce mot) : prendre la base d'un personnage et aller au-delà, trouver une ligne directrice pour exprimer une vision propre, qu'elle soit héroïque ou non. Et il fallait bien un immense auteur de BD pour y parvenir.


dimanche 10 janvier 2010

"Défoncez les Portes"

Salles Obscures #3 : "Les Chats Persans", Bahman Ghobadi

Pour commencer 2010 d'humeur joyeuse, parlons un peu de l'Iran. Où l'on essaie d'oublier le décompte des votes pour compter les morts. Où le radicalisme des discours officiels masque l'existence d'une opposition violemment muselée. Et puisque l'underground n'est pas supposé exister, certains risquent prison et coups de fouet en jouant de la musique païenne dans des caves ou des étables.

C'est de ces musiciens dont il est question dans "les Chats Persans". De leur art de la débrouille, de leur musique et de leurs rêves. Mais aussi d'une angoisse constante, nourrie par le spectre omniprésent des forces de police. Car le zèle de ces fonctionnaires grisés par leur toute puissance est de nature à contrarier les plans de tous les rêveurs en mal de perspectives chatoyantes.

Et si le film a une dimension tragique qui remue les tripes et fait mal au coeur, il envoie aussi des raisons d'espérer. Avant tout parce que les chansons présentées sont excellentes, et témoignent d'une sincérité bien éloignée des attitudes bidons de Benjamin B. et consorts (quand on prend autant de risques pour jouer de la musique, c'est que c'est une nécessité, un besoin primaire). Ensuite parce que quelqu'un qui a confiance en son talent cherchera toujours le moyen de se faire entendre, quelques soient les obstacles rencontrés.

Alors on se prend à croire, comme Jacques Attali, que la musique est annonciatrice des changements de société à venir. Et à espérer que les musiciens iraniens s'approprient le doux refrain de Marvin Gaye :

"Make me wanna holler, the way they do my life"

mercredi 7 octobre 2009

La Blonde et les Perdants

Salles Obscures #1 : "Violent Days", de Lucile Chaufour

Même en plein après-midi, certaines salles sentent toujours le renfermé. La poussière centenaire et les sièges déglingués. Et c'est souvent sans savoir où caler ses jambes et en guettant la crampe qu'on peut assister à des films comme "Violent Days". Et apprécier une salle quasi vide, enfin débarassée des poufiasses qui gloussent derrière en tapant dans mon siège.

Pour voir un film rock'n'roll, donc, puisque nous présentant des fans de rockabilly dont les prouesses capillaires rendraient jaloux Brian Setzer. Oscillant entre documentaire et fiction, entre Jarmusch et "Strip-Tease", "Violent Days" montre des gueules abîmées que le rock'n'roll a détourné des chemins de la dépression. Car c'est bien de misère affective dont il est question, de rêves éconduits et de perspectives décharnées, d'hommes perdus entre silence léthargique et pertes de contrôle vaguement suicidaires. Un dénuement social dans lequel les personnages se raccrochent à la musique, à leur coiffure et à leur blouson. Et tout au long du film, le rock'n'roll est bel et bien omniprésent, mais constamment étouffé, à l'arrière plan d'un sentiment de malaise permanent.

Au centre de la partie fiction, il y a une blonde qui n'a rien à foutre là. Elle est magnifique, et elle chante des ballades jazz. Elle cherche sa place, elle cherche l'attention de son homme et dégage une pureté invariablement touchante mais incapable de s'épanouir dans un monde tout de virilité machiste.

Et malgré quelques longueurs inévitables pour un cinéma d'auteur novice, "Violent Days" vient nous rappeler que certains ont littéralement besoin du rock'n'roll, que ce n'est plus de la musique, ou de l'art, ou de la culture ou tout ce que Télérama pourra en dire. Le rock'n'roll, c'est un anxiolytique sans ordonnance.