jeudi 11 février 2010

A Body without a Heart, missing every Part

This is the News #4 : "Heligoland", Massive Attack

Mouahaha ! La bonne blague ! Un nouvel album de Massive Attack! Comme si on en avait encore quelque chose à foutre... Pourtant, ils sont de retour, et pour ne surtout pas changer, ils font la gueule.

Après quelques années à se frotter le zizi en studio, voici venu "Heligoland". Un disque d'ambiance. Ambiance froide et comateuse mais ambiance quand même : au mieux, ces titres trouveront une place pour accompagner n'importe quelle série télé, au pire, on pourra toujours les proposer à un neurasthénique sous anesthésie. Pas grand chose à en dire, donc, pas même une chanson à sauver, comme ce pouvait être le cas sur "Blue Lines" ou "Mezzannine".

Mais le plus triste dans tout ça, c'est qu'on en trouvera certainement beaucoup pour apprécier ce truc sans vie. Un bel indicateur sur le moral des ménages. Espérons que ça ne donne pas d'idées à Moby.


samedi 6 février 2010

"Peut être que je deviendrai un grand peintre"

Salles Obscures #4 : "Gainsbourg, Vie Héroïque", Joann Sfar


De tous les enfants de la patrie, un seul a pris les armes nécessaires pour devenir la figure emblématique de la pop culture à la française. De ses débuts jusqu'à sa fin, pour le meilleur comme pour le pire, Gainsbourg a su être à l'écoute de son époque, et a mis un point d'honneur à en pervertir les codes et les discours. Et entre deux Gitanes, il s'est construit une glorieuse mythologie qui va bien au-delà de sa musique. Une "vie héroïque", donc, devenue matière du premier long-métrage conté par Joann Sfar.

Alors certains ont décidé qu'avec un tel sujet, le film pétait forcément plus haut que son cul. On les voit d'ici lever l'étendard sanglant d'une critique nourrie à l'élitisme le plus puant, et déverser une prose trop amère pour ne pas être frustrée.

Il me fallait donc juger sur pièce. Je suis venu, j'ai vu, et j'ai adoré. Que ce soit clair : je me contrefous des performances d'acteur, aussi impressionnantes soient-elles, et je conchie les hommages mous qui restent figés dans une déférence châtrée.

Mais le film dont il est question n'est pas révérencieux, et ne propose jamais une vision trop convenue de sa sulfureuse idole. Au contraire, il développe une espèce de réalité fantasmée, dont le rythme et l'esthétique s'imposent comme la ligne de basse d'une année érotique, pour parvenir à transcender le personnage par son double émacié, cette gueule qui refuse de la fermer, et par les femmes qui ont jalonné son parcours.

Et c'est ce qui devrait être l'essence de tout "biopic" (je déteste ce mot) : prendre la base d'un personnage et aller au-delà, trouver une ligne directrice pour exprimer une vision propre, qu'elle soit héroïque ou non. Et il fallait bien un immense auteur de BD pour y parvenir.


samedi 30 janvier 2010

"You're not too old for a Sing along, are you ?"

This is the News ! #3 : "A Reality Tour", David Bowie

Que peut-on penser de la sortie en 2010 d'un disque correspondant à une tournée de 2003 ? S'agissant de David Bowie, la simple idée d'un disque live semble curieuse, et paraît d'autant plus vaine lorsqu'elle se pare d'une évidente logique commerciale. Et c'est d'une de mes grandes idoles dont je parle.

Passons sur la pochette, sur laquelle ce bon vieux David paraît tout droit sorti d'un Final Fantasy quelconque, gardant la pose avec un flegme aussi proche du défilé de haute couture que d'une certaine vision du ridicule. La vraie question est musicale. Et oui, Bowie est en forme, Bowie délivre une version minimaliste de "Life on Mars", Bowie se fait crooner sur "Bring me the Disco King", Bowie croit parfois ressuciter Ziggy, Bowie balance même "Sister Midnight". Et le public est content, il applaudit et chante quand on lui demande. Allez, "All the young Duuuuuuuudes", et zou, "Carry the NeeeeeewwWWWs".... Enfin, sérieusement, il suffit de se passer l'équivalent studio de chaque titre ici présent pour se convaincre de ne pas renouveler l'écoute de ce live.

Sauf que j'ai fait partie du public de cette tournée, et comme beaucoup de monde, je me souviens avoir été bouleversé pour quelques minutes. Retourné, lessivé, et plus encore. Par un titre que je jugeais comme franchement mauvais jusqu'ici. Bah oui. Parce que dans une interprétation fabuleuse d'intensité, débarassée des intonations un rien grotesques de Freddie Mercury, et laissant s'exprimer toute la classe de Gail Ann Dorsey, "Under Pressure" se révèle être une chanson monumentale. Qui à elle seule excuse la platitude du reste.

Moralité : quand Bowie ouvre la bouche, ça vaut toujours le coup d'écouter. Et d'admirer son dentier.

mardi 19 janvier 2010

"Pretty in Black knows what to Do"

Playlist #1 : The Raveonettes

Il est temps d'enchanter vos tympans et d'emplir toutes sortes de lecteurs de musique nomades.

Une playlist, donc, consacrée à ma découverte de l'année défunte : les Raveonettes. Parce que ce brillant duo a digéré Phil Spector, les Jesus and Mary Chain, et à peu près toute la pop de ces soixante dernières années. Et s'ils écrivent du bon comme du moins bon, ils savent occuper l'espace sonore comme peu de gens, et balancent parfois de fabuleuses ritournelles trempées dans du glamour indie, puis posées sur du satin souillé dans les arrière-salles de tournages fauchés. Soit, dans l'ordre :

1 - Love in a Trashcan, album "Pretty in Black"
2 - Chains, album "Whip it On"
3 - Heartbreak Stroll, album "Chain Gang of Love"
4 - Twilight, album "Pretty in Black"
5 - Gone Forever, album "In and Out of Control"
6 - Heart of Stone, album "Pretty in Black"
7 - Lust, album "Lust, Lust, Lust"
8 - Sleepwalking, album "Pretty in Black"


Pour écouter, c'est par ici :

http://www.deezer.com/fr/#music/playlist/the-raveonettes-37207313

dimanche 10 janvier 2010

"Défoncez les Portes"

Salles Obscures #3 : "Les Chats Persans", Bahman Ghobadi

Pour commencer 2010 d'humeur joyeuse, parlons un peu de l'Iran. Où l'on essaie d'oublier le décompte des votes pour compter les morts. Où le radicalisme des discours officiels masque l'existence d'une opposition violemment muselée. Et puisque l'underground n'est pas supposé exister, certains risquent prison et coups de fouet en jouant de la musique païenne dans des caves ou des étables.

C'est de ces musiciens dont il est question dans "les Chats Persans". De leur art de la débrouille, de leur musique et de leurs rêves. Mais aussi d'une angoisse constante, nourrie par le spectre omniprésent des forces de police. Car le zèle de ces fonctionnaires grisés par leur toute puissance est de nature à contrarier les plans de tous les rêveurs en mal de perspectives chatoyantes.

Et si le film a une dimension tragique qui remue les tripes et fait mal au coeur, il envoie aussi des raisons d'espérer. Avant tout parce que les chansons présentées sont excellentes, et témoignent d'une sincérité bien éloignée des attitudes bidons de Benjamin B. et consorts (quand on prend autant de risques pour jouer de la musique, c'est que c'est une nécessité, un besoin primaire). Ensuite parce que quelqu'un qui a confiance en son talent cherchera toujours le moyen de se faire entendre, quelques soient les obstacles rencontrés.

Alors on se prend à croire, comme Jacques Attali, que la musique est annonciatrice des changements de société à venir. Et à espérer que les musiciens iraniens s'approprient le doux refrain de Marvin Gaye :

"Make me wanna holler, the way they do my life"

samedi 12 décembre 2009

Indigence Graphique

Le Pinailleur #1 : Morphine

Un jour comme un autre, au cours d'une réunion de travail entre café et croissants, passe un disque. Qui m'accroche l'oreille, et me tire de plus en plus vers lui : c'est gras, c'est lancinant, c'est beau comme une belle découverte, tout droit sortie des entrailles de démons déchus, étripés par des mages vaudous élevés au blues le plus sépulcral. Mon hôte me conte alors l'histoire de Mark Sandman, crooner distant qui joue d'une basse à deux cordes au sein d'un groupe appelé Morphine. Et je suis assez interessé pour envisager quelques achats.

Mais ici intervient le drame. Jamais vu de pochettes aussi affreuses depuis les disques de relaxation à base de chants de baleine offerts par une grand-tante Raëlienne. C'est dire. Alors évidemment, on n'achète pas un disque pour sa pochette, surtout lorsqu'il s'agit d'un CD, mais quand même, coller une typographie bas de gamme sur le fond le plus insipide qui soit, ça relève du suicide marketing. Et ça fait hésiter les acheteurs névrotiques dont je suis.

J'en réfère donc à la sagesse d'un vieil ami qui un jour m'a dit : "faut pas vendre la peau de l'ours avant d'avoir tué l'habit du moine".

jeudi 3 décembre 2009

Time to Nut Up or Shut Up !

Salles Obscures #2 : "Bienvenue à Zombieland", Ruben Fleischer.

Pour l'amateur de culture bis et autres séries B plus ou moins assumées, voir un film comme "Bienvenue à Zombieland" ressemble à de l'onanisme pur et simple. C'est une vraie caresse dans le sens du poil, une ode à la jubilation la plus débile, sans culpabilité aucune.

La recette est pourtant simple. On prend un héros qui rappelle l'handicapé social que l'immense majorité des acharnés du nanar a un jour été. A ses côtés, on place un Woody Harrelson qui arrive à être plus cool que tous les personnages de "Pulp Fiction" réunis (un exploit à saluer venant de quelqu'un qui perd ses cheveux). On rajoute deux adolescentes complètement allumées, ainsi qu'une logique de Road Movie rock'n'roll. Et, évidemment, plein de zombies qui se font dégommer avec classe. Pour la touche d'originalité, il sufit d'inviter Monsieur "Tippy Top of the A-list" Bill Murray, pour un épisode surréaliste -et le mot est bien choisi - du meilleur goût.

Alors n'en déplaise aux amateurs de Rohmer, c'est démentiel de bout en bout, gore sans être gerbant, stylisé sans être prétentieux, le tout avec un second degré pas franchement hollywoodien. Jubilatoire, encore une fois.

Et pour tous ceux qui restent insensibles aux zombies, qui ne saisissent pas l'essence du mythe fondateur d'une culture parallèle et du mode de vie idoine, qu'ils gardent à l'esprit la règle n° 32 : "il faut savoir apprécier les petites choses".