samedi 30 janvier 2010

"You're not too old for a Sing along, are you ?"

This is the News ! #3 : "A Reality Tour", David Bowie

Que peut-on penser de la sortie en 2010 d'un disque correspondant à une tournée de 2003 ? S'agissant de David Bowie, la simple idée d'un disque live semble curieuse, et paraît d'autant plus vaine lorsqu'elle se pare d'une évidente logique commerciale. Et c'est d'une de mes grandes idoles dont je parle.

Passons sur la pochette, sur laquelle ce bon vieux David paraît tout droit sorti d'un Final Fantasy quelconque, gardant la pose avec un flegme aussi proche du défilé de haute couture que d'une certaine vision du ridicule. La vraie question est musicale. Et oui, Bowie est en forme, Bowie délivre une version minimaliste de "Life on Mars", Bowie se fait crooner sur "Bring me the Disco King", Bowie croit parfois ressuciter Ziggy, Bowie balance même "Sister Midnight". Et le public est content, il applaudit et chante quand on lui demande. Allez, "All the young Duuuuuuuudes", et zou, "Carry the NeeeeeewwWWWs".... Enfin, sérieusement, il suffit de se passer l'équivalent studio de chaque titre ici présent pour se convaincre de ne pas renouveler l'écoute de ce live.

Sauf que j'ai fait partie du public de cette tournée, et comme beaucoup de monde, je me souviens avoir été bouleversé pour quelques minutes. Retourné, lessivé, et plus encore. Par un titre que je jugeais comme franchement mauvais jusqu'ici. Bah oui. Parce que dans une interprétation fabuleuse d'intensité, débarassée des intonations un rien grotesques de Freddie Mercury, et laissant s'exprimer toute la classe de Gail Ann Dorsey, "Under Pressure" se révèle être une chanson monumentale. Qui à elle seule excuse la platitude du reste.

Moralité : quand Bowie ouvre la bouche, ça vaut toujours le coup d'écouter. Et d'admirer son dentier.

mardi 19 janvier 2010

"Pretty in Black knows what to Do"

Playlist #1 : The Raveonettes

Il est temps d'enchanter vos tympans et d'emplir toutes sortes de lecteurs de musique nomades.

Une playlist, donc, consacrée à ma découverte de l'année défunte : les Raveonettes. Parce que ce brillant duo a digéré Phil Spector, les Jesus and Mary Chain, et à peu près toute la pop de ces soixante dernières années. Et s'ils écrivent du bon comme du moins bon, ils savent occuper l'espace sonore comme peu de gens, et balancent parfois de fabuleuses ritournelles trempées dans du glamour indie, puis posées sur du satin souillé dans les arrière-salles de tournages fauchés. Soit, dans l'ordre :

1 - Love in a Trashcan, album "Pretty in Black"
2 - Chains, album "Whip it On"
3 - Heartbreak Stroll, album "Chain Gang of Love"
4 - Twilight, album "Pretty in Black"
5 - Gone Forever, album "In and Out of Control"
6 - Heart of Stone, album "Pretty in Black"
7 - Lust, album "Lust, Lust, Lust"
8 - Sleepwalking, album "Pretty in Black"


Pour écouter, c'est par ici :

http://www.deezer.com/fr/#music/playlist/the-raveonettes-37207313

dimanche 10 janvier 2010

"Défoncez les Portes"

Salles Obscures #3 : "Les Chats Persans", Bahman Ghobadi

Pour commencer 2010 d'humeur joyeuse, parlons un peu de l'Iran. Où l'on essaie d'oublier le décompte des votes pour compter les morts. Où le radicalisme des discours officiels masque l'existence d'une opposition violemment muselée. Et puisque l'underground n'est pas supposé exister, certains risquent prison et coups de fouet en jouant de la musique païenne dans des caves ou des étables.

C'est de ces musiciens dont il est question dans "les Chats Persans". De leur art de la débrouille, de leur musique et de leurs rêves. Mais aussi d'une angoisse constante, nourrie par le spectre omniprésent des forces de police. Car le zèle de ces fonctionnaires grisés par leur toute puissance est de nature à contrarier les plans de tous les rêveurs en mal de perspectives chatoyantes.

Et si le film a une dimension tragique qui remue les tripes et fait mal au coeur, il envoie aussi des raisons d'espérer. Avant tout parce que les chansons présentées sont excellentes, et témoignent d'une sincérité bien éloignée des attitudes bidons de Benjamin B. et consorts (quand on prend autant de risques pour jouer de la musique, c'est que c'est une nécessité, un besoin primaire). Ensuite parce que quelqu'un qui a confiance en son talent cherchera toujours le moyen de se faire entendre, quelques soient les obstacles rencontrés.

Alors on se prend à croire, comme Jacques Attali, que la musique est annonciatrice des changements de société à venir. Et à espérer que les musiciens iraniens s'approprient le doux refrain de Marvin Gaye :

"Make me wanna holler, the way they do my life"

samedi 12 décembre 2009

Indigence Graphique

Le Pinailleur #1 : Morphine

Un jour comme un autre, au cours d'une réunion de travail entre café et croissants, passe un disque. Qui m'accroche l'oreille, et me tire de plus en plus vers lui : c'est gras, c'est lancinant, c'est beau comme une belle découverte, tout droit sortie des entrailles de démons déchus, étripés par des mages vaudous élevés au blues le plus sépulcral. Mon hôte me conte alors l'histoire de Mark Sandman, crooner distant qui joue d'une basse à deux cordes au sein d'un groupe appelé Morphine. Et je suis assez interessé pour envisager quelques achats.

Mais ici intervient le drame. Jamais vu de pochettes aussi affreuses depuis les disques de relaxation à base de chants de baleine offerts par une grand-tante Raëlienne. C'est dire. Alors évidemment, on n'achète pas un disque pour sa pochette, surtout lorsqu'il s'agit d'un CD, mais quand même, coller une typographie bas de gamme sur le fond le plus insipide qui soit, ça relève du suicide marketing. Et ça fait hésiter les acheteurs névrotiques dont je suis.

J'en réfère donc à la sagesse d'un vieil ami qui un jour m'a dit : "faut pas vendre la peau de l'ours avant d'avoir tué l'habit du moine".

jeudi 3 décembre 2009

Time to Nut Up or Shut Up !

Salles Obscures #2 : "Bienvenue à Zombieland", Ruben Fleischer.

Pour l'amateur de culture bis et autres séries B plus ou moins assumées, voir un film comme "Bienvenue à Zombieland" ressemble à de l'onanisme pur et simple. C'est une vraie caresse dans le sens du poil, une ode à la jubilation la plus débile, sans culpabilité aucune.

La recette est pourtant simple. On prend un héros qui rappelle l'handicapé social que l'immense majorité des acharnés du nanar a un jour été. A ses côtés, on place un Woody Harrelson qui arrive à être plus cool que tous les personnages de "Pulp Fiction" réunis (un exploit à saluer venant de quelqu'un qui perd ses cheveux). On rajoute deux adolescentes complètement allumées, ainsi qu'une logique de Road Movie rock'n'roll. Et, évidemment, plein de zombies qui se font dégommer avec classe. Pour la touche d'originalité, il sufit d'inviter Monsieur "Tippy Top of the A-list" Bill Murray, pour un épisode surréaliste -et le mot est bien choisi - du meilleur goût.

Alors n'en déplaise aux amateurs de Rohmer, c'est démentiel de bout en bout, gore sans être gerbant, stylisé sans être prétentieux, le tout avec un second degré pas franchement hollywoodien. Jubilatoire, encore une fois.

Et pour tous ceux qui restent insensibles aux zombies, qui ne saisissent pas l'essence du mythe fondateur d'une culture parallèle et du mode de vie idoine, qu'ils gardent à l'esprit la règle n° 32 : "il faut savoir apprécier les petites choses".

lundi 30 novembre 2009

Everything is getting kind of Groovy

Myspace Band review #2 : Mr Day

On a souvent dénigré les premières parties de concert, décrites comme simple garde-fou pour retardataires ou comme demi-heure dédiée au bar. Mais il peut aussi arriver que quelque chose se passe sur scène. C'est possible.

Et ce fut le cas lors du concert d'Alice Russell mentionné dans ces colonnes, puisque Mr Day et ses musiciens nous ont servi un show rempli de truculentes vibrations. Forts de leur dégaine de bêtes de scène désarticulées, ils proposent une soul brute et burnée, prouvant au passage à tous les puristes de mauvaise foi que même en France, il reste des gens qui savent ce que c'est qu'un groove.

Alors quand on nous annonce un album pour 2010, et que les titres présents sur la page Myspace du groupe laissent augurer de belles choses si le mixage est retravaillé, on ne peut que se dire "affaire à suivre", et attendre en marmonnant "I have Sooooul"... Et en guettant les dates de concert.

Evidemment, ces gens là n'ont rien inventé, mais on ne va pas bouder son plaisir quand on entend un orgue Hammond aussi bien joué. Et puis c'est pas tous les jours qu'on peut dire tout le bien qu'on pense d'un groupe qui officie près de chez soi.

http://www.myspace.com/mrdaylive

jeudi 19 novembre 2009

The Sound of the Munkaroo

Live Kicks #1 : Alice Russell à l'Epicerie Moderne

Elle est blonde. Et bien avant que Duffy n'en ait fait une mode, Alice Russell chantait de la Soul. Puis comme elle a rempli son dernier album de compositions de bon goût, j'ai pris mon billet pour ce concert les yeux fermés.

Engoncée dans une combinaison moitié bustier disco en strass, moitié pantalon parachute arraché au cadavre de MC Hammer, Madame fait entrer son mètre quarante et annonce la couleur dès la première note : une voix comme une grande claque. Paf. Déjà en studio, cet organe m'épatait, et c'est encore autre chose que de se le prendre en pleine tronche, plus impressionnant qu'une quinzaine de cornes de brume à l'unisson. D'autant plus que les musiciens sont au poil, mettant leur rigueur au service de grandes bourrasques de Groove qui remuent jusqu'aux orteils.

Chose de plus en plus rare, tout ce beau monde a l'air heureux d'être là, et assure le show un grand sourire vissé sur leurs visages en sueur, sans oublier un second degré tout anglais, fait de chorégraphies débiles et de blagues qui tombent à plat.

Et tout du long, personne ne faiblit, c'est puissant, ça frétille et ça fait danser les pieds, et quand il le faut, l'émotion prend le pas sur le gros son, comme sur cette version à pleurer de "Crazy", toute en crescendo.

Bref, c'est fabuleux, c'est sincère, c'est généreux, et lorsque j'aperçois dans la presse Amy Winehouse tenter d'avancer sans marcher dans ses flaques de vomi, je me dis que ce concert contenait plus de Soul que les apparitions scéniques d'une dépressive toxique. Et c'est tant mieux.

http://www.myspace.com/alicerusselluk